 | Lucelle où se trouvent quelques vestiges d'une abbaye cistercienne de l'époque se situe dans la paisible vallée de la Lucelle, entourée de forêts. Autour de l'étang de Lucelle seule une partie des restes rappelle les édifices du couvent d'alors et l'arc d'un portail une fontaine et la maison de campagne de l'abbé Delfils, l'image de l'ancienne abbaye. Une statue dans le jardin du couvent d'alors maintient le souvenir de Saint Bernard et rappelle ainsi l'origine de la fondation de Lucelle. Lucelle a été fondée par l'impression que l'abbaye mondialement connue de Citeau en Bourgogne fit sur les gens du 12ème siècle. En mars 1123, les trois fils d'Amadée de Montfaucon, Hugo, Amadée et Richard obtinrent le territoire de l'évêque de Bâle Berthold de Neuchâtel, territoire sur lequel s'érigea le couvent. St Bernard lui-même bénit la première pierre et la source de la nouvelle abbaye dans laquelle vinrent habiter douze moines de Belleval près de Besançon. A leur tête se trouva l'abbé Etienne, consacra l'église et l'abbaye des bonnes dames dont l'effigie devint l'emblème du domaine conventuel. Jusqu'en 1790 Lucelle joua un rôle considérable et représenta l'abbaye cistercienne la plus célèbre loin à la ronde. |
L'abbaye avait d'importantes possessions. Les donateurs mais aussi les nobles du Sund et de l'Elsgau, les seigneurs de Pfirt, Mörsberg, Saugern, Hasenburg, Montjoie et Montbéliard furent parmi les bienfaiteurs bénévoles du couvent. Dans beaucoup de villages de l'Elsgau et du Sundgau, Lucelle possédait des biens: l'abbaye avait un domaine à Sennheim, Thann, Latkirch, Ensisheim, Oltingen, Mulhouse et à Porrentruy. En plus, elle disposait de fermages dans de nombreuses localités, de forêts dans toute la région utilisait des moulins, des laiteries, des verreries, des tuileries et des fonderies, obtint le droit de pêche à Lucelle, exploita des mines. L'abbaye jouissait aussi du droit de collature dans de nombreux villages. Dans beaucoup de localités, Lucelle créa une grangie : un petit prieuré qui devint le centre religieux et économique du lieu : à Lutterbach, Volkensberg, St Appolinaris et à Blotzheim. Le pape comme l'empereur lui accordèrent la reconnaissance et la confirmation des biens et des droits. L'abbé de Lucelle porta mitre et crosse et fut vicaire général de l'Ordre de Citeaux. La chronique mentionne 40 couvents dont la naissance a été favorisée par Lucelle : Neuburg et Pairs en Alsace, Kaisersheim et Salem dans le sud de l'Allemagne, St. Urbain, Frienisberg et Oelsberg en Suisse pour ne citer que celles ci. Hauterive (FR) doit son existence au chemin qui a passé par Wettingen et Salem jusqu'à Lucelle.
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Les jours sombres aussi constellent l'histoire de Lucelle. En 1210, des soldats de Frédéric II entrèrent dans la vallée de Lucelle et quelques temps plus tard, les comtes Pfirter dévastèrent la région. La population fut mise à rude épreuve au cours de l'Interrègne et durant la guerre entre Adolf de Nassau et Albert 1er. L'invasion des "anglais sauvages", les Armagnacs, les querelles entre les Confédérés et les Autrichiens amenèrent au 14ème et au 15 ème siècles beaucoup d'heures sombres et occasionnèrent des dommmages considérables. En 1524, l'abbaye fut frapprée par la foudre. Une année plus tard, les paysans pillèrent tout, déchirant, détruisant les trésors de la bibliothèque jusqu'à l'orgue et au tombeau du fier Pierre de Mörsberg. Un siècle plus tard, la Guerre de Trente Ans dispersa les moines, qui, à leur retour, trouvèrent l'abbaye saccagée par le feu. En 1699, un incendie détruisit une partie de l'église et de l'abbaye.
Grâce à la volonté indéfectible des moines, à l'esprit d'ouverture des abbés et à la confiance en Dieu de tous, Lucelle a pu sans cesse retrouver une vie et un épanouissement nouveaux. Parmi les abbés, deux se sont particulièrement mis en évidence par leurs oeuvres. Theobald Hylweck de Thann et Bernhardin Buchinger de Kienzheim. L'abbé Hylweck se chargea en 1494 du sort de Lucelle et vécut trois destructions successives, mais trois fois aussi sa reconstruction. Il fut un érudit et un organisateur, un homme plein de zèle religieux et d'une énergie à toute épreuve. Il fit l'acquisition du Löwenburg et le petit couvent de Petite Lucelle, il s'occupa de l'entretien de St Appolinaris et fut, pendant la crise de la foi dans le Sundgau une personnalité de tout premier plan. L'abbé Bernardin Buchinger de Lienzheim est de même stature. Il exerça d'abord à Lucelle comme archiviste, chroniqueur, auteur des "Fast Lucellenses" maître cellier et de cuisine, secrétaire de l'abbé. En 1642, il devint abbé de Maulbronn, puis quelque temps plus tard, abbé de Pairis pour se trouver en 1654 à la tête de l'abbaye de Lucelle. En 1638, il reconstruisit l'abbaye qui avait été détruite. Il organisa Oelberg, rassembla les archives, rédigea un journal ainsi que des travaux historiques et reconduisit en 1656 les moines de löwembourg dans leur Lucelle bien aimée.
L'agriculture doit beaucoup à Lucelle. A une époque où le sol cultivable ne suffisait plus, les moines cisterciens entreprirent de défricher, d'assécher les marais et de planter et firent de ces travaux leurs tâches principales.
Mais le développement de l'agriculture ne conduisit en aucun cas à négliger l'activité spirituelle : Lucelle put se féliciter de ses écrivains ascètes, de ses chroniqueurs et de ses historiens. Mentionnons Conrad Holzacker, Nicolas Amberg, les abbés Hylweck Sapper et Buchinger. Sans oublier le moine Ewalch, fort appliqué, qui écrivit au 18 ème siècle l'ouvrage en trois volumes "Mischellanes Luciscellensis".
Lucelle fut connue au 12ème siècle par une cohorte de scripteurs dont l'influence s'étendit jusqu'à St.Urban. En 1346, on bâtit une église gothique à trois nefs, avec de nonbreux autels, on y installa un excelllent orgue avec de précieux tombeaux de nobles et d'évèques, des oeuvres choisies de sculptures et de peinture et de reliquaires artistiques y prirent aussi place. Après l'incendie de 1699, on construisit une nouvelle églises de style baroque. L'abbé Delfils en fut le grand mécène. Il fit venir à Lucelle et à St. Apppolinaris des artistes de renom tels que Maître Stauder.
Avec l'abbé Noblet de Courtavon mourut en 1802 le dernier abbé de Lucelle. Les biens du couvent furent vendus comme biens nationaux (1792), l'église vendue à des églises de village. C'est pourquoi on dut se rendre à Winkel, Raedersdorf, Köstlach Buchsweiler ou à Presse pour se faire une idée des somptueuses richesses de l'abbaye de Lucelle d'autrefois. Mais le souvenir de la grandeur d'entant de cette abbaye est resté si profond que de précieuses stalles, de nombreuses statues dans nos villages du Sundgau, à juste titre ou non, sont désignés commme provenant de Lucelle. Tellement Lucelle était alors et reste aujourd'hui encore "Lucis cella" ou cellule de lumière, continuant de rayonner de toute sa grandeur. |
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